Joseph-Elie Simonin et l’ermitage St Sorlin

Histoire de Saint Sorlin avant 1832

Dans l’antiquité, la colline située au-dessus du village de Lieffenans (parfois orthographié Liefnans) était vouée au culte du dieu Saturne.

Carte IGN mont St SorlinMont St Sorlin
Situation du mont St Sorlin et de Lieffenans                                   Aspect du mont St Sorlin

Vers l’an 600 un monastère fut bâti sur cette même colline par des moines venus de l’abbaye de St Claude, et fut consacré à Saint Saturnin, assimilant ainsi les cultes anciens à la religion chrétienne.

Martyre de St Saturnin

Représentation du martyre de St Sorlin

Saint Saturnin est le premier évêque de Toulouse.  Il mourut en martyr à Toulouse en 250 : attaché par une corde à la queue d’un taureau sauvage, il eut la tête fracassée et le corps réduit en lambeaux suite à la course effrénée de la bête à travers les rues de la ville.

Le nom latin « Saturnius » a été transformé dans la logue d’Oc en « Sarni », puis francisé en « Sernin » (la basilique de Toulouse s’appelle St Sernin).

Sorlin est un dérivé de Sernin.

Des habitants de la région vinrent chercher refuge aux alentours du monastère et s’installèrent sur la partie méridionale du plateau et le versant oriental de la colline. Ce fut l’origine du village et de la paroisse de St Sorlin. La paroisse était très étendue, comprenant tous les villages situés dans le triangle Charézier – Doucier – Chambly.

Une grande église fut construite sur la colline, et le cimetière situé devant elle servait à toute la paroisse.

Vers 1300 un château féodal fut construit par Humbert, sire de Clairvaux, et le village de St Sorlin connut des heures de gloire. Mais le village fut détruit en 1361 par des pillards et le château démantelé un siècle plus tard par Louis XI.

L’église fut épargnée. Toutefois, éloignée des habitations et pénible d’accès, elle fut de moins en moins utilisée, d’autant plus que des chapelles s’étaient construites entre temps dans les villages. Elle se détériora et fut interdite au culte en 1686. L’édifice s’écroula, seul le chœur subsista. L’endroit servit de refuge à des prêtres réfractaires durant la révolution. En 1830 le chœur lui-même était très délabré.

La jeunesse de Joseph-Elie Simonin

Né le 31 octobre 1792 à Lieffenans , Joseph-Elie est l’aîné d’une famille nombreuse mais seulement un frère et deux sœurs atteindront l’âge adulte. Il aide son père cultivateur aux travaux de la ferme.

A 20 ans il est marié d’autorité à Jeanne-Julie, sans doute pour échapper à la conscription.
Le couple n’aura pas d’enfants.

Il est inventif et possède une grande habilité manuelle. Durant ses moments de loisir il s’exerce à la gravure sur pierre comme l’atteste une pierre gravée située dans une maison de Lieffenans où on peut lire l’inscription « PORTE D’ANTRE », la date 1818 et ses initiales JES.

gravure "porte d'Antre"

Après avoir été meunier à Blye pendant 10 ans, il revient à Lieffenans en 1832. Il décide alors  avec sa femme de restaurer, dans le haut du hameau, l’église en ruines de Saint Sorlin.

La restauration de l’ermitage St Sorlin (1834-1836)

Encouragé par les autorités et la population, il se fait maçon, charpentier, sculpteur, réussissant à rendre au culte ce pèlerinage ancien. Il transforma ce qu’il restait du chœur en chapelle. La nef ne fut pas reconstruite, il n’en reste que sa trace au sol. Il ajouta ensuite, à l’arrière du bâtiment côté NE, 6 cellules qui constituèrent un petit ermitage. Il y vivra avec sa femme, dans le travail, la mortification et la prière.  Jeanne-Julie s’occupait de l’intendance et des lessives.

Chapelle St Sorlin face ouest

Face ouest de la chapelle – Le muret marque les limites de l’église d’origine

Pour le ravitaillement en eau, ils pouvaient compter sur un puits proche (qui conservait des eaux de pluie ?) ou sur la « fontaine de Maures » :
Cette source était plus difficile d’accès. Il fallait emprunter une sente plutôt abrupte située derrière l’ermitage. On arrivait à une sorte d’abri sous roche où coulait en permanence, dit-on, une eau claire et fraîche.
Joseph-Elie y avait même installé une auge taillée dans de la belle pierre brute, mais celle-ci fut déplacée par la suite.

Vers mars 1836, l’abbé Guérard, auparavant ermite vers Conliège, vint s’installer à l’ermitage de St Sorlin, accompagné d’un jeune clerc nommé Fauconnier.

Les autres chantiers de J-E Simonin

Cependant, peu après l’arrivée de l’abbé Guérard à St Sorlin, J-E Simonin est sollicité pour restaurer l’ermitage de Sainte Anne près de Conliège, celui-là justement que vient de quitter l’abbé. Il accepte, et viendra à bout de cette mission avec l’aide de Guérard et Fauconnier. L’ermitage sera  inauguré seulement quelques mois plus tard.

ermitage Ste Anne

Ermitage Sainte Anne de nos jours (photo: G. Gavignet)

Cette réussite suscite une nouvelle demande. Non loin de l’ermitage, la commune de Conliège possède aussi le site historique de St Etienne de Coldre, datant de la guerre des Gaules, où, dès le treizième siècle, les paroisses voisines possédaient leur cimetière et une grande église consacrée à St Etienne.

D’accès difficile, église et cimetière sont abandonnés. L’ermite est prié de rendre aux lieux saints leur dignité. Il reprend donc son travail de maçon-charpentier, y aménageant encore, pour lui et sa femme, un nouvel ermitage. Avant la fin de l’année 1837, son troisième sanctuaire sera inauguré, la vénérable et antique statue de St Étienne y retrouvant sa place.

Il veille ensuite à l’entretien de ses trois ermitages.

En 1942 il entre dans le Tiers Ordre Franciscain, un ordre dans lequel des laïcs s’engagent à servir Dieu et l’Eglise comme les Franciscains.

Pour des raisons obscures, sur décision de l’évêque, il quitte l’ermitage de St Etienne en 1847 pour revenir à St Sorlin avec sa femme. Celle-ci y décède en 1850.

En 1852 il décide de quitter St Sorlin mais l’ermitage ne restera pas vide. Son frère viendra s’y installer avec sa femme et sa fille.

Il part pour une abbaye de Picardie où, après un noviciat raccourci, il devient Frère Elie. Il continue d’être très apprécié tant pour sa personnalité que pour ses multiples talents bien que ses capacités soient diminuées par l’âge.

En 1856, on l’estime indispensable à la fondation du nouveau noviciat de Cellule en Auvergne. On n’y disposait que d’un grand terrain et d’une petite habitation, tout y est à faire. Il s’y rend en avant-garde, en mars, avec un compagnon, bientôt suivi de six autres. Il sera le maître d’œuvre des travaux.

Il meurt peu de temps après, en septembre 1856, à Cellule.

L’ermitage St Sorlin après 1852

Un incendie détruisit les cellules de l’ermitage en 1885.

En 1984 la chapelle fut restaurée par une association. Les cellules ne furent pas reconstruites.

Face Est de la chapelle

Face est de la chapelle – Le muret marque l’emplacement des cellules détruites et non reconstruites

Certains ornements anciens disparurent au cours de la restauration, notamment le bénitier en pierre et l’autel en bois.

chœur avant restauration intérieur rénové
                         avant restauration                                                                   après restauration

Question décoration, on peut voir, sur le seuil de la porte, une sculpture représentant une paire de pieds attachés par une corde à un taureau, rappelant le martyre de St Saturnin.

seuil de la chapelle

Sculpture du seuil rappelant le martyre de St Saturnin

Les mains sont visibles en hauteur de chaque côté de la porte et la tête est représentée au-dessus du fronton.

On peut lire les mots : MARTYR DE ST SATURNIN
Il aurait fallu écrire « MARTYRE », cette faute est simplement due au fait que J-E a peu fréquenté l’école dans sa jeunesse.

mains de part et d'autre de la porte

Porte de la chapelle

tête et inscription au-dessus de la porte

A l’intérieur de la chapelle une pierre gravée porte l’inscription:
HERMITAGE FONDE SUR NOTRE DAME DE L’HUMILITE SILENCE ET PAUVRETE ICI ON NE PARLE QU’A DIEU 1833.

Au bord du chemin menant à la chapelle se trouve un oratoire dédié à la vierge.

tombe de J-E Simonin dans la chapelle

Tombe de J-E Simonin dans la chapelle

Les restes de Joseph-Elie quittèrent Cellule et retournèrent à l’ermitage de Lieffenans en 1987.

source: « L’ermite de St Sorlin » de René Charrier édité par Dominique Guéniot